Sous prétexte d’innovation et de progrès technologique, des multinationales investissent des milliards dans la conception et le déploiement de véhicules autonomes. Mais des questions essentielles méritent d’être posées :
– Une innovation est-elle forcément un progrès pour l’humanité, un progrès social ?
– Pourquoi de tels investissements et pour quels objectifs ?
Pour la CGT, le progrès doit être social (dans la recherche d’une amélioration des conditions de vie de l’être humain) et il doit servir l’intérêt de tous sans distinction (pas d’une minorité détenant le capital).
Quand l’innovation technologique est au service du capital
Car derrière cette course à l’innovation se trouve avant tout un enjeu économique majeur. La captation des profits par des multinationales milliardaires sur un « marché » qui leur échappait jusqu’à présent.
Le transport de personnes, et notamment le « marché » des taxis, représente une activité particulièrement intéressante pour ces grands groupes. Une fois implantées sur ce marché, ces multinationales vont chercher à imposer leurs propres règles, leurs propres tarifs et leur propre modèle économique, avec comme objectif unique et prioritaire la rentabilité.
Nous pourrions alors nous retrouver dans une situation paradoxale où malgré la suppression des travailleurs, ce qui est l’objectif de ces entreprises, les tarifs de ces prestations continueraient d’augmenter car le but de ces multinationales est d’obtenir toujours plus de profits.
La technologie au service du profit
Nous pensons que cette technologie ne participera pas au progrès social mais vise uniquement à alimenter un peu plus les dividendes distribués à une poignée d’actionnaire. Qu’advient-il des chauffeurs de taxi ?
Pourtant, dans notre société libérale, on nous présente régulièrement l’automatisation comme un progrès qui permettrait de réduire les coûts et, par conséquent, de faire baisser les prix pour les consommateurs. L’Histoire nous démontre le contraire.
Prenons l’exemple des caisses automatiques dans les supermarchés. Elles ont été installées au nom de la modernisation, de la rapidité et de la réduction des coûts. Pourtant, le client doit désormais effectuer lui-même une partie du travail qui était auparavant réalisé par un salarié : scanner ses articles, effectuer son paiement et gérer les éventuels problèmes. Le client remplace donc progressivement le caissier et son poste, mais les prix dans les rayons ne diminuent pas pour autant.
La question est alors légitime : où vont les économies réalisées grâce à la suppression de ces postes ?
Nous retrouvons une situation comparable dans les péages autoroutiers. Les cabines avec présence humaine ont progressivement disparu au profit de systèmes automatisés et du péage en flux libre. Là encore, le nombre de travailleurs nécessaires a diminué, mais les tarifs des péages, eux, continuent d’augmenter.
Avec les véhicules autonomes, les entreprises capitalistes réalisent leurs rêves consistant à se passer des chauffeurs. Cela représenterait une économie considérable pour ces sociétés : pas de salaire à verser, pas de congés payés, pas de cotisations sociales liées à ces emplois, moins de personnel à gérer.
Est-ce que le prix de la course diminuera pour autant ? Rien ne permet de l’affirmer bien au contraire. Pour la CGT Taxis il est évident que l’objectif est d’utiliser l’automatisation pour augmenter leurs profits, en supprimant les conducteurs tout en maintenant, voire en augmentant, les tarifs facturés aux usagers.
Il est en effet certains que nous allons connaître le même phénomène que dans d’autres secteurs : le travailleur disparaît, le client doit effectuer ou subir davantage de tâches, mais le prix payé par le consommateur ne baisse pas. C’est cette logique que la CGT-Taxis refuse.
Que vont devenir les travailleurs du taxi ?
Mais au-delà de la question des tarifs, il y a surtout celle des travailleurs. Que deviendront les chauffeurs de taxi ? Que vont devenir tous les chauffeurs de taxi qui vivent aujourd’hui de leur métier ?
Le métier de chauffeur de taxi ne consiste pas simplement à transporter un passager d’un point A à un point B. C’est avant tout un métier de service, de proximité et de contact humain. Un chauffeur peut aider une personne âgée à rentrer chez elle, accompagner une personne malade, aider un passager à charger ses bagages, attendre quelques instants lorsqu’une personne en a besoin, échanger avec des clients réguliers ou encore assurer le transport de personnes tard dans la nuit lorsque les autres moyens de transport sont moins disponibles.
Le chauffeur apporte également son expérience et sa connaissance du territoire. Il sait adapter son itinéraire aux conditions de circulation, proposer un raccourci lorsque cela est possible, conseiller un restaurant ou un lieu à visiter à un touriste, mais aussi simplement être à l’écoute de la personne qu’il transporte.
Le taxi : un rôle social
Mais surtout, ces multinationales vont détruire un secteur qui a toujours joué un rôle exceptionnel dans la réinsertion des travailleurs de tous horizons. Le taxi a permis à de nombreux travailleurs de transformer des difficultés en réussite, sans jamais laisser personne sur le bord de la route de l’emploi. Le taxi est souvent une seconde chance dans le monde du travail, et à ce titre, il mérite de la considération. Ce rôle social serait bien sûr détruit si nos dirigeants politiques ne faisaient pas barrage aux multinationales prédatrices.
Le progrès technologique doit profiter aux travailleurs et à la population, pas aux multinationales. Pour la CGT Taxis, le progrès technologique ne peut pas être synonyme de suppression massive d’emplois, de dégradation du service rendu aux usagers et d’augmentation des profits des grands groupes.
Le progrès doit être social
Nous ne sommes pas opposés à la technologie. Au contraire, les nouvelles technologies peuvent être utiles lorsqu’elles permettent de réduire la pénibilité, améliorer les conditions de travail, renforcer la sécurité et faciliter le quotidien des travailleurs.
Mais lorsqu’une technologie est privatisée comme c’est le cas avec les véhicules autonomes, il ne faut pas être naïf et comprendre que leurs motivations se résument à supprimer des emplois pour augmenter toujours plus leurs profits.
Quel modèle de société voulons-nous ?
Nous devons également nous interroger sur le financement de notre modèle social. Chaque emploi supprimé, c’est aussi des cotisations sociales en moins pour financer notre protection sociale.
Nous devons donc poser clairement la question : quel modèle de société voulons-nous ? Voulons-nous un modèle dans lequel quelques multinationales possèdent les technologies, contrôlent les données, fixent les tarifs et remplacent progressivement les travailleurs par des machines ?
Ou, voulons-nous un modèle dans lequel la technologie reste au service de l’être humain, des travailleurs et de l’intérêt général ?
Pour la CGT évidemment, le véritable progrès ne consiste pas à supprimer systématiquement des emplois dès qu’une machine permet de réaliser une tâche.
Le véritable progrès, c’est d’utiliser la technologie pour améliorer les conditions de travail, réduire la pénibilité, maintenir les emplois, améliorer les services et faire bénéficier les usagers des gains de productivité.
Si une innovation technologique permet de réaliser des économies grâce à l’automatisation, celle-ci doit pouvoir bénéficier à l’ensemble de la société : aux travailleurs par de meilleures conditions de travail et de meilleurs revenus, et aux usagers par des tarifs plus accessibles et un service de qualité.
Nous refusons donc que le développement des véhicules autonomes soit présenté comme une fatalité ou comme un progrès qui ne pourrait souffrir aucune contestation.
Avant de remplacer les chauffeurs par des machines, il faut répondre à une question essentielle : à qui profitera réellement cette automatisation ?
Si la réponse est : moins de travailleurs, moins d’emplois, mais des tarifs toujours plus élevés et davantage de profits pour les multinationales, alors ce n’est pas le progrès que nous voulons.
La technologie doit être au service de l’humain, et non l’humain au service des rentiers.
Oui au progrès, et non à la suppression des emplois et à l’augmentation des profits au détriment des travailleurs et des usagers.
C. Duarte
