Groupe de travail « index économique, le 22 juin 2026

Madame la sous-directrice des déplacements et de l’espace public,

Sur la nécessité de construire un nouvel indice économique, il nous semble nécessaire de rappeler un certain nombre d’éléments afin d’éviter de reproduire les erreurs commises malgré les mises en garde répétées de la CGT-Taxis. Il est en effet regrettable de constater que la préoccupation principale se limite depuis 2002 à créer sans cesse de nouvelles autorisations de stationnement (ADS) sans tenir compte de la détresse économique que subit notre profession.

La question du nombre de taxi est en effet un sujet obsessionnel abordé par l’administration alors qu’il ne devrait pas être un sujet au vu du nombre pléthorique de l’offre de transport. La création de nouvelles ADS présente effectivement l’avantage d’être peu coûteux pour l’État, tout en donnant l’impression d’agir pour le secteur. Il semble moins aisé pour vos services d’éradiquer le racolage, de faire appliquer la législation aux VTC qui sont en infraction permanente ou de tirer les conséquences des conditions inhumaines du statut locataire. Ces problèmes pourtant fondamentaux et sans cesse rappeler par notre syndicat CGT-Taxis nécessitent eux un réel investissement des services de l’État et des moyens financiers et humains certainement supérieurs aux budgets engagés actuellement. Si vous souhaitez vraiment améliorer le service apporté aux usagers, tout en tenant compte des conditions de travail des chauffeurs de taxi, alors ces sujets (racolage, VTC, statut du locataire,…) devraient être une priorité pour vos services, bien avant la question réductrice et dépassée du nombre de taxi qui n’a pas lieu d’être.

Il semble donc nécessaire de rappeler une fois de plus les dangers d’un surnombre de taxis, situations déjà connues et ayant mené tout le secteur à la faillite. La loi du 13 mars 1937 ayant pour objet l’organisation de l’industrie du taxi a été la réponse judicieuse à cette crise du surnombre et il convient de l’avoir à l’esprit car il semble que cette règle fondamentale qui assurait un équilibre, certes précaire, passe aujourd’hui au second plan.

Depuis 2002 malheureusement nous avons en effet vu les erreurs du passé se reproduire avec des augmentations disproportionnées du nombre d’ADS (+ 5051 créations d’ADS entre 2002 et 2025, soit + 34 %) qui plus est sans fondement (aucune corrélation avec des indicateurs fiables) mais aussi avec en parallèle la prolifération des VTC qui sont en nombre illimité et sans zone de rattachement occasionnant distorsion de concurrence et engorgement de la circulation voire trouble à l’ordre public. D’ailleurs, leur activité, jusqu’à preuve du contraire, s’apparente ni plus ni moins à de la contrefaçon de taxi s’appropriant par une politique tarifaire agressive une part important de notre clientèle et créant une véritable situation de dumping social au détriment du taxi et des chauffeurs VTC.

Nous devons également souligner que ces augmentations continuelles du nombre d’ADS depuis 2002 n’ont pas du tout été accompagnées par la même croissance de nos infrastructures mais aussi des moyens mis en place par les services de l’État, bien au contraire. Les stations sont sans cesse détruites, déplacées dans des endroits peu accessibles et peu visibles. Les effectifs des boers ont certes augmenté mais sans commune mesure avec l’explosion du nombre d’acteurs. De même, les moyens de cyber-police réclamés par les organisations syndicales depuis plus de douze ans n’ont toujours pas vu le jour. Alors qu’il vous semble normal de créer par milliers de nouveaux taxis, en revanche, obtenir une augmentation de quelques dizaines de fonctionnaires semble problématique ! Vous avez même supprimés des postes avec la fermeture des Morillons et de Chevilly-Larue (contrôle technique effectué par les services de police) et vous refusez aujourd’hui malgré nos demandes répétées d’assurer un service d’accueil physique aux chauffeurs de taxis parisiens. Il est de plus de notoriété publique que la situation dans les aéroports et les gares démontrent quotidiennement que vos effectifs de police sont en nombre insuffisant pour pouvoir répondre au phénomène omniprésent du racolage.

Concernant l’ancien index économique, la CGT-Taxis l’a dénoncé depuis sa création (2002). Les indicateurs pris en comptes étaient trop généralistes, non pertinents et nous ne disposions d’aucune mesure directe de l’activité du taxi. La profession et l’administration ont enfin fini par le reconnaître en 2021 mais au lieu d’entraîner un moratoire sur la création d’ADS, ce qui aurait été la suite logique de ce constat, la préfecture a au contraire décidé arbitrairement la création de centaines de nouvelles ADS au doigt mouillé ! La simple « consultation » de la commission ne constitue pas une démonstration de la nécessité de ces créations. Pour la CGT-Taxis, il a toujours été incompréhensible de voir des acteurs directement intéressés par ces nouvelles ADS participer aux débats et aux « votes » qui déclenchent ces créations en contradiction avec l’éthique la plus élémentaire. Pourtant ces augmentations continuelles sont des décisions graves et irréversibles mais à aucun moment vous ne mesurez les lourdes conséquences qu’elles impliquent.

De manière générale, il faut également rappeler que l’offre globale des transports en Ile de France n’a jamais été prise en compte par la commission. Or, le taxi ne vit pas en vase clos, il n’est qu’un maillon de l’ensemble des moyens de transport existants. Le développement des transports en commun par exemple est négligé. Or, démonstration a été faite que l’exploitation de la ligne 14 reliant directement Paris à Orly a un impact négatif sur l’activité des taxis. Il est sans doute prévisible que l’ouverture de la ligne CDG express aura les mêmes effets. Ces projets connus depuis des décennies n’ont a aucun moment été pris en compte par vos services encore une fois malgré nos nombreux avertissements. L’administration et une partie des organisations représentatives semblent occulter ou feignent d’ignorer ces données et les projets encore à venir (ligne 15, robot-taxi). Ainsi nous ne disposons aujourd’hui d’aucune étude d’impact digne de ce nom provenant des services publics, tant sur le développement des transports publics, que sur celui des VTC, sur le télétravail, sur les mobilités autonomes,…

En revanche, un élément essentiel de notre métier n’est pas abordé et ne fait l’objet d’aucun groupe de travail à savoir nos conditions de circulation. La congestion de la métropole parisienne connaît une vitesse de circulation qui ne cesse de se dégrader et cela constitue donc un frein majeur à notre activité. Ce constat est ancien mais pourtant l’administration semble impuissante à changer le cours des choses, au contraire (voir par exemple le cas de la gare du Nord). Cette dégradation de nos conditions de circulations impacte pourtant directement notre métier en entraînant mécaniquement une diminution du nombre de courses taxi réalisé chaque jour. Ce point crucial ne fait pourtant l’objet d’aucune réunion, d’aucun groupe de travail alors qu’encore une fois c’est la clé de voûte de notre activité. Doubler la vitesse moyenne renforcerait l’attractivité des taxis tout en améliorant grandement nos conditions de travail. Il est évidemment plus aisé car peu coûteux pour votre administration de créer des ADS que de régler les problèmes de congestion de la circulation.

Enfin et c’est un autre point fondamental, il est regrettable que l’autorité de tutelle ne prenne pas en considération les conditions de travail des conducteurs de taxis : nombre d’heures, repos, poids des crédits, prix inadaptés des locations, inadéquation de la tarification aggravée par les forfaits,… Sans ces indicateurs vous ne pourrez pas appréhender la réalité de notre secteur. Nous aurions pu également évoquer l’absurdité du système d’examen. Le nombre de session d’examen n’est en effet pas défini par les besoins du secteur mais par le nombre de candidat à l’examen, peu importent les besoins réels de la profession ! L’administration devrait évidemment fixer les examens en fonction du nombre de chauffeur à former. Dans le taxi, c’est l’inverse : tant qu’il y a des candidats, il y a des examens. Les loueurs et les écoles sont les seuls gagnants de cette politique au détriment des finances publiques.

La Chambre Syndicale des Cochers Chauffeurs CGT-Taxis vous demande le respect du numerus clausus, pilier de l’équilibre économique de notre profession. Pour nous les chantiers prioritaires sont : l’abrogation de la location, le contrôle des VTC et des plateformes, l’amélioration des conditions de circulation, la suppression des forfaits, la récupération des licences non exploitées ou exploitées illégalement (dont les ADS JO offertes aux loueurs) pour les distribuer aux conducteurs inscrits sur la liste d’attente, le conventionnent pour tous avec respect des tarifs réglementaires fixés par le ministère des Finances sans aucunes remises.

Nous attendons également de votre part des engagements de l’administration sur le respect et le développement des structures du taxi en cohérence avec la hausse de 34 % du nombre de taxi que vous nous avez imposé : stations, voies réservées, accès réservés, fin de la verbalisation abusive,…Ces chantiers sont indispensables pour assainir le secteur, pour mesurer l’état de santé du taxi en combinant l’amélioration des conditions de travail des conducteurs tout en améliorant la satisfaction de nos usagers.

La santé économique du taxi repose sur un équilibre fragile, ne l’envisager que sous l’angle réducteur et simpliste du nombre d’ADS ne résoudra donc en rien les problèmes structurels du taxi. Au contraire, le passé et l’actualité récente nous démontrent qu’un surnombre de l’offre de transport entraîne inévitablement la paupérisation de l’ensemble des acteurs du transport. Même les chauffeurs VTC l’ont compris, eux qui réclament avant tout un numerus clausus !

Veuillez agréer, Madame la sous-directrice des déplacements et de l’espace public, nos salutations distinguées,

Pour la CSCC CGT-Taxis,

Un secrétaire : M. ABID


extrait de l’étude de défaillances et sauvegardes des entreprises en France au 1er trimestre 2026 DATA ALTARES